17 novembre 2005

La Matrice

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C’est une irruption. Ca se draine. Je ne dis rien, j’attends que ça vienne. Elle arrive toujours ainsi, l’inspiration. J’ai longtemps cherché mon sujet, alors je me dispersais. Nouvelles, chroniques, blogs, petits carnets, morceaux de papiers qui finissent par me ressembler mais n’offrent qu’un puzzle sans image.

J’ai toujours estimé que les idées de la nuit devaient survivre au petit jour. Le matin est un barrage à la création, et je me suis souvent entendue dire que finalement, « c’est une mauvaise idée ». Si le sujet revient souvent, je peux estimer qu’il vaut la peine d’être traité.

Il y a cette petite fille assise en face moi, le visage baissé, qui s’agrippe à sa petite jupe et frotte ses collants en laine. Une femme parle fort pour souligner le fait que « t’es une bonne à rien, je vais t’apprendre la vie moi. »

Dans le wagon, personne ne sait vraiment à qui s’adressent ses paroles. Elles violent le silence et agressent tous ceux qui se sentent concernés. Etre bon à rien, c’est valable pour tout le monde.
La petite fille me fixe, et je lis dans son regard, la complainte de la honte. Je saisis qu’il s’agit de sa mère, je saisis qu’elle pourrait la poignarder, je saisis qu’à 27 ans, j’ai gardé le même regard.

Je voudrais pouvoir poser ma main sur ses petits genoux, articulations qui soutiennent des pieds qui ne touchent pas encore le sol. J’aimerais lui susurrer à l’oreille que ça va passer « Tout ira mieux, tu verras ». Je ne fais rien comme on ne fait rien lorsque l’on voit pleurer une jeune fille sur un quai de métro. On compatit, mais on ne fait jamais, jamais rien.

L’idée est née. Est-il possible que si l’on m’avait dit cela plus jeune, je serais moins forte aujourd’hui ?


Photo :
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« La Fraîcheur »