07 novembre 2005

La Méchante Soirée



La veille au soir, je dis que je me sens seule et que c’est si dur de tout gérer. Dans le noir, c’est plus facile de pleurer, mais coller à un autre corps, les spasmes de la respiration haletante ne se dissimulent pas. Au petit matin, il a fallut que je tombe malade pour imaginer tout annuler. La tête dans la cuvette pour devenir plus honnête. Avec moi-même, avec les autres.
Retrouver visage humain, masquer les cernes et la pâleur, finir le montage de « Feet Life », et tenter dans un ultime effort de l’encoder, de le convertir, de le graver pour ne pas y arriver.

La nuit tombe, plus chargée qu’un mulet, Polly à mon secours, pas de taxi, il fait froid et je demande l’aide de ma bonne étoile qui semble m’entendre.
Courir au Kubi, déposer les vinyles, étendre le drap, brancher l’ordinateur, raccorder le vidéo projecteur, remonter, prendre une bière et fumer une cigarette, enfin. Je préviens, l’organisation est old school avec moi.

Baisser la tête sur mon set et la redresser devant la foule qui arrive, qui s’entasse, qui se colle, qui forme une masse bien compacte, qui donne chaud. J’ai mal au ventre, mais je fais mine que non.
Dans la salle du bas, les Pirates se frottent aux Fems. Les baisers ne font pas de bruits autour des torses nus. Il fait sombre, l’envie monte, ça dérape, c’est toujours ainsi.

Au dessus, je ne vois pas tous les visages, mais je constate du peuple sur le trottoir. Il y a deux hétérottes sexys qui draguent Sab La Trash. A côté, ça parle position levrette en sirotant un kir violette. Sur ma gauche, on m’appelle pour la technique. En face, ça se bécotte encore. C’est une soirée où les genres se confondent, où l’on prononce mon nom avec l’accent anglais pour me dire merci, où les djettes ne se la racontent pas, où le rock se marie avec l’électro, où la guitare électrique d'un live se frotte aux clients.
C’est une soirée où j’oublie d’être malade, où j’oublie d’être seule.

Photo :
Copyright D. Juncutt
“FashionTurix”