22 décembre 2005

La Femelle A Craqué

pollydragking

Une vocifération humaine me sort de mon sommeil. Je suis recroquevillée sur le côté droit, les bras croisés et engourdis. Un enfant s’égosille avec des « Aidez-moi, ma jambe ! Au secours ».
Son chant dure bien cinq bonnes minutes avant que le réel s’installe définitivement. J’attends un peu avant d’agir, parce que les enfants sont les meilleurs dramaturges, parce que j’ai froid, parce que je suis flemmarde. Les cris deviennent de plus en plus stridents, plus rapprochés, plus abominables. Je me redresse d’un bon puisqu’il faut sauver quelqu’un.

En culotte et maillot sur le balcon, il gèle, je grelotte. Mes mains posées sur la rambarde, ma tête se déhanche dans tous les sens pour chercher le blessé, essayer de l’apaiser. Je me vois déjà, en train d’escalader les barreaux, mais il n’y a personne de suspendu. Les hurlements s’entrechoquent contre les immeubles, c’est un puit de souffrance qu’il me faut lénifier.
Je cherche l’erreur, est-ce moi qui hurle au fond du ventre ?

Tête baissée, au rez-de-chaussée, un petit garçon black allongé sur un banc, sa mère à ses côtés narguent ma panique. Pas de sang, il a tous ses membres le petit garnement. Je tremble, je rentre, et j’attends debout en frissonnant pour donner un sens à ce réveil.
Je suis une héroïne frustrée.


Photo :
Copyright D. Juncutt
« Polly Drag King »