19 janvier 2006

A l'Attention de...

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La couette est lourde et glisse souvent sur le côté du lit. Elle la rattrape à bras tendu et l’amène jusqu’à son cou. Je bascule de son flanc droit à son flanc gauche en mordillant tout ce qu’elle m’interdit. Je grogne, elle pousse de petits cris et bouche ses oreilles pour ne pas entendre mon souffle qui fait tendre son dos. La faible lumière dansante de la bougie fait s’animer les imperfections des murs. Ca danse autour de nous, de ce rouge laqué qui me rappelle l’été, la mort des murs immaculés d’un impeccable blanc.

Ses mains se baladent sans permission, je lui dis « Non touche pas Là », elle répond « Là je connais déjà, je connais par cœur. ».
Je soulève le drap pour mieux la regarder retirer sa culotte, je meurs sur place d’assister à ce beau spectacle. Je fonds dans le lit, je suis le matelas, et de toutes ses couches de laines et de latex, je soutiens son corps et le creuse au plus profondément dans mon ventre.

Je fais signe au taxi que l’on a pris connaissance de sa présence. J’avale mon café, froid sur la fin.
Il y a cette phrase de Christine Angot travaillant sur l’approche littéraire d’Hérvé Guibert « Tous les livres sont écrit à l’attention de quelqu’un qui ne nous a pas sauvé la vie… ».

Un départ, une valise, un baiser. Le taxi l’emporte, il m’emportera dans deux jours.
Aujourd'hui je suis vivante. Aujourd'hui je sais que je n’écris pas pour elle.


Photo :
Copyright D. Juncutt
« O. »