26 avril 2006

Attention à l'Ouverture Automatique Des Portes

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La wagon se prend pour un bateau et tangue de droite à gauche, faisant de mon bras, agrippé à la barre, le seul rempart contre la chute. Debout, la veste militaire trop grande et le pantalon qui tombe sur les converses, je me trouve salement habillée et puis je m’oublie dans la lecture de mon livre, le pouce entre les pages du petit bouquin corné.

Les portes s’écartent, la foule s’engouffre, je me colle contre le strapontin sans d’autre choix possible. C’est bruyant un métro sans les écouteurs dans les oreilles. Parmi les badauds, une jeune femme, l’œil azur comparable à l’idée que je me fais de la tapisserie du paradis. Chevelure noire tombant sur l’imperméable beige, tout à fait le genre de parure d’une Charlotte Gainsbourg. Nez aquilin, grande bouche. Je la regarde, elle ne me voit pas, elle me regarde, je ne la vois plus.

Je cherche un moyen de lui faire entendre combien je la trouve jolie. Comme chaque matin, je me sens oppressée, collée aux inconnus des transports en commun, avec leurs têtes d’opportunistes. Promiscuité involontaire qu’on fait payer à coup de coudes dans le ventre, de « je te pique la place », de « magnes-toi connasse » mais qui parfois nous offre la chance de voyager avec quelques beautés auxquelles on n’osera jamais leur avouer toute leur beauté.
Quand bien même j’oserai, pour qui je passerai ? Les compliments sont parfois aussi violents que des claques dans la gueule.


Photo:
Copyright D. Juncutt
“Beer & subway”
Série "Cube 2006"