24 mai 2006

Déchire Pas Le Papier Cadeau

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« C’est que je t’attendais à mon anniversaire… » Qu’elle m’écrit La Helleu. Je révulse mes yeux, histoire de nettoyer la cornée abimée par cette lecture. Même pas j’étais au courant.

J’imagine que les prétextes qu’on aurait pu me sortir, si j’avais été l’hôte de ma fiesta champagne-bougies, auraient tous ricoché contre mon armure gravé d’un « Ne me dite même pas. »

Quelques mois plus tôt, je faisais briller le comptoir de beaucoup de bars où la très forte musique forçait nos bouches à se coller aux oreilles. Pas très hygiénique et en plus ça fatiguait bien trop les poumons déjà endommagés par la nicotine, histoire de se donner un genre quand je ne faisais pas l’effort de pencher la tête. Il n’y a pas à dire, la cigarette, ça donne une contenance. Ca donne un air de voyous aux garçons incertains et une aisance fatale aux femmes qui plient le coude comme il faut.
Malgré tout, rester sans parler dans une boite de nuit, ça fait vautour. Il y avait donc les moments où je laissais les gens me parler, et où je sortais deux ou trois blagues pour faire augmenter mon taux de sociabilité. « Ce qu’elle est sympa quand même Denyse ». Merci, je travaille beaucoup pour ça.

J’ai bouffé trop de soirées où je pensais sincèrement m’amuser et rencontrer des gens intéressants qu’au bout de quelques mois, j’ai finis par ne plus faire l’effort. Ni de rire, ni de me déplacer. Aux yeux des inconscients, comme je devenais moins drôle, je devenais plus conne. C’est marrant comme un jour on vous mange dans la main et que le lendemain on vous renvoie la béqué. Emilie et moi, nous étions devenues des filles « malsaines ». Le banc en bois du Troisième Lieu se fendillait de sentir les vibrations de nos culs à tant rire. J’avais osé pénétrer ma copine sous l’angle affuté d’une caméra tenue par la Blonde.

Le rictus en érection, j’ai débandé en quelques semaines. Je suis restée malsaine dans mon coin et j’ai commencé à écrire pour de vrai. Un truc long, qui prend du sens, qui tient sur une page, puis deux, puis trois… Des mots sans aucune influence, une encre profondément acérée comme si j’avais mis vingt-sept ans à la tailler.

J’ai vidé mes contacts aussi efficacement que l’acide perse un trou dans la peau. Plus de traces, juste un peu détérioré sur les côtés.

Un soir de Méchante Soirée, la Helleu débarque de nulle part et me claque les fesses. « Je t’ai reconnue à ton tatouage » qu’elle me dit. Elle avait de la chance, il arrivait que je ne me reconnaisse pas moi-même dans la glace depuis quelques temps. Chevelure courte dorée, vêtements d’un blanc féerique, un verre de champagne à la main, José Levy pas très loin.

Pause. Etrange sensation de déjà vu. Un truc qu’une vraie malsaine ne pourrait pas imaginer. Un truc qui sent les épines sur le front, un truc au gout d’hostie dans la bouche. C’était l’ange Gabriel dans Constantine. Personne derrière elle, ses longues ailes valaient toute la place de la Flèche d’Or.
Play. Elle venait de me réconcilier avec les gens de la nuit, avec un simple sourire et une discussion que j’aurai désirée bien plus longue. Je l’ai tout de suite enroulée dans du papier cadeau, et classée dans la catégorie de ceux qu’il ne faut pas oublier, avec ses similitudes à la Gisèle : Les marmots, les hommes, les mots. Ressembler à Gis est, bien entendu, un signe d’excellence.
Je trouvais son approche intéressante, gratuite et sincère avec son flot de compliments que jamais je n’oserais dire à quiconque.

Un joyeux anniversaire à toi, la blanche Cécile des nuits noires.

Photo: Copyright D. Juncutt
"Retour en taxi"