07 mai 2006

Odeur d'Erable

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La pile de papiers, factures, quittances, impayés, commence à dépasser le mètre cinquante. A peine levée, je m’assoie sur le tapis en mousse qui supporte ma gymnastique quotidienne, je m’y remets enfin, et je me fais un solitaire avec l’administration française.
Pochettes EDF, téléphone, loyers, impôts, certificats de travail : je trie, je classe, je jette.
Je me redresse, fière de m’être débarrassée de ce courrier en suspens, que je claque tous les jours sur la pile en jurant de l’ouvrir plus tard. Plus tard c'est toujours trop tard.

Je télécharge Google Earth. Un bijou de logiciel avec lequel on peut se prendre pour un agent de la CIA. Le globe terrestre s’ouvre à moi. Premier reflex, je tape Montréal. La sphère en mouvement se dirige vers la ville. Je clique sur Mont Royal - Le Plateau. Ca bouge encore. Ca se précise. Je peux cliquer au plus près sur les rues, et je vois même la couleur des voitures garées dans ma future rue. Un plan au plus près de l’intime, qui je suis certaine, doit être une mine d’or pour les chasseurs de terroristes en action. Qu’on arrête donc de ce foutre de nos gueules en massacrant des villages entier pour trouver l’ennemi public numéro 1, alors que je peux repérer moi-même le garde noisettes d’un écureuil.

Métro peu chargé, un maillot plutôt voyant et un tatouage bien en évidence me vaut des regards étonnés. J’adore les cons. Saint Michel ressemble à l’Italie. Je suis poursuivie par ce pays depuis quelques temps, dans mes lectures: Nicolas Fargues, dans la nourriture: tomates mozzarella, dans les accessoires: Gucci bellissima, dans les médias: arrivederci Berlusconi !
Je n’aime pas les italiens, et je ne sais pas pourquoi, peut-être parce qu’il parle plus fort que moi, mais beaucoup de choses tendent à me faire comprendre le contraire.

Au 29 de la rue de la Parcheminerie, Fsens et sa chérie sont debout entre deux grandes piles de livres anglo-saxons. Colibri tient dans la main la bible du français au Canada, un besoin fondamental selon elle, pendant que le propriétaire, vieux beau à l’accent de Toronto me propose un thé à l’érable. Fsens nous fait visiter une autre librairie à deux rues de celle-ci, dans laquelle l’espace au sens propre du terme, n’existe pas. Deux clients à peine peuvent tenir entre les magazines, les vieux journaux, les livres d’art contemporains, les reproductions de peintures. Je n’ose pas toucher un livre, de peur de voir la boutique s’effondrer. La caverne d’Ali baba existe belle et bien.

Mon doigt sur son ventre plat, je dessine à l’encre imaginaire un lettrage et des cerises old school qu’on y verrait bien. Et puis sur mon bras, de la même encre, je trace les fleurs de lotus où de cerisier que j'imagine fleurir en rose et en rouge pour compléter l’avant bras et donner l’occasion aux voyageurs des transports en commun, de regarder autre chose que leurs reflets dans les vitres.


Photo :
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« Sol Rose »