15 juin 2006

Hair Cut

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Ses doigts fouillent mes cheveux humides, je parle à son reflet dans le miroir, lui rappelle comment ils se plaçaient avant le massacre Toni&Guy, « Des trous dans la tête je te dis ! ». Alors elle commence à récupérer le carnage, je m’abandonne à ses mains. Je m’accroche à mon livre que je n’ai pas encore commencé. Posé sur les genoux dans le cas où il aurait fallu subir un temps stérile. Le « Moins Que Zéro » d’Ellis. Fallait bien que j’en lise un, que je commence par y poser les yeux depuis le temps. Pas peu fière d'être la dernière au monde. J’ai pris le moins gros, le moins connu, peu gourmande que je suis.
Des clientes entrent dans le salon où la porte est restée ouverte. L’une parle fort et semble connaître tout le monde. Je la dévisage dans la glace, assiste à son évolution dans la pièce. Elle jette son sac dans les bras d’une stagiaire, fait trembler sa glotte en gloussant, se la joue dindon luxueux, se vautre dans le fauteuil et réclame le massage à quinze euros, comme d’habitude. Son amie lui fait signe de la main et quitte le salon, les épaules légères d’avoir laissé une compagnie bien épuisante.
Quelques mèches mortes se sont échouées sur ma main, je souffle dessus, elles s’envolent. Mon cou pique, le haut du dos gratte, je règle la petite affaire, retourne dans la rue, constate que les clients bcbg du Delaville ont laissé place aux touristes et m’engouffre dans la suffocante station de métro.

Il y a ce type en face de moi qui ressemble à un autre type. Celui-là même qui organisait il y a quelques heures, un pot pour fêter son mariage futur. Deux semaines à attendre avant de se mettre la bague au doigt, l’anneau, le cercle, le lien, la menotte.
Il sert son champagne avec parcimonie dans des gobelets en plastique, au centre de toute la pièce, allègre, le front et la lèvre supérieure suintant. L’assemblée porte un toast à cet évènement dans un grand râle de générosité compatissante, gobe un peu de liquide, s’en suit un long silence assassin.
Je me gratte la tête que je tourne vers une autre familière pour murmurer qu’une cigarette ne serait pas de trop. Etablissement non fumeur. Je me penche à la fenêtre, et je ne peux m’empêcher comme à chaque fois, d’imaginer mon corps ensanglanté gisant sur le sol avec toujours cette même psychotique réflexion intérieure « Ah oui là tu pourrais. »

En fait, je l’aime bien ce type. Lui qui m’a toujours été agréable. Pas très beau gosse, mais agréable dans son genre. Le genre qui a fait une grande école, qui a suivi papa fortuné au Maroc et qui a fini par retourner en France supporter dix ans de buildings orléanais pour enfin trouver donzelle à son gland et se terrer dans un pavillon fleuri. Il conserve un regard optimiste et pétillant bien que sa vison du bonheur me soit totalement étrangère.
Je regarde une dernière fois par la fenêtre, les coudes endoloris par l’encolure limée, respire profondément et songe, saoulée par le verre de trop que « En fait, ça doit faire super mal, je vais plutôt aller chez le coiffeur… »

Photo :
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« Ce Qu'Est l'Amour »