21 juillet 2006

Tu Ne Me Manques Pas

Image Hosted by ImageShack.us

Les orages d’ici n’ont rien à voir avec les pétards foireux d’Europe. Dans ce ciel, ça claque avec franchise alors que les éclairs s’enfoncent sous nos paupières. Le tonnerre fait peur, il fait hurler les alarmes, inonde les foyers et électrocute les baigneurs d’un soir. C’est sous la chaleur lourde et humide que je traverse la ville, la tongue traînante, les bras ballants.

Je ne sais pas quoi mettre dans mon panier en fer. Chez le dépanneur, les bières en lot de douze sont à vingt-deux dollars, les cigarettes infectes pour huit dollars, les paquets géants de croustilles pour quatre dollars sur un rayon entier. A contrario, une panoplie de produits diet, biologiques, organiques, sans trans fat, sans cholestérol, sans goûts font à peine concurrence. Les légumes sont gonflés aux OGM et remplissent le ventre sans faire frémir les papilles. Tomates sans pépins, concombres de la grosseur d’un bras de camionneur texan, oignons ronds comme un ballon de Coupe du Monde perdue.
Dans la chambre, les affaires sont étalées de part et d’autre. La peinture attend d’être étalée sur les murs marrons. Dans la salle de bain, un ouvrier nantais immigré depuis six ans, à l’accent déjà bien prononcé, défonce les murs, et s’active pour finir son travail avant le retour de mon road trip en Gaspésie.

Je mets l’ambiance au Laika. Les clients viennent me voir. L’un me dit « Tu me fais du bien aux oreilles… » Une autre me montre le flyer du Saboteur Ball, l’index posé sur mon nom et me demande si c’est moi. La fille, belle comme un flocon de neige naissante, le bras tatoué comme beaucoup dans la ville, hoche la tête allègrement et retourne danser en gardant le doigt posé sur le carton.
Les miens ne tremblent pas lorsque je pose le diamant sur le vinyle. Je ne ressens aucune pression, je suis transportée dans un océan de bien être, débonnaire, rassurant et bénéfique. Constatant qu’il n’y a aucune barrière entre eux et moi, aucune transgression à parler à l’autre aucune supériorité maladive. Il y a la musique et il y a nous.

Je rencontre des gens comme on peut retrouver de vieux amis. Je suis l’invitée que je n’aurai jamais été nulle part. Il n’est plus affaire de concurrence alarmante comme Paris sait la façonner. Il y a dans cette portion de population riche en débrouille et bidouillage, une générosité arrogante.
Dans un pique-nique improvisé, Sarah-Jane est la meilleure amie de ma colocataire. La « Lady » du clip que nous avons tous du voir au moins cinq fois par jour sur MTV quelques années plus tôt. Mon propriétaire est le song supervisor de Tiresia, et Peaches a manqué de tomber de dix mètres de haut sous mes yeux.
Un séjour name-dropping où l’ego de tous est remis à zéro.


Photo :
Copyright D. Juncutt
« Bd Saint Laurent – Montreal »