05 juillet 2006

Valises Et Fleurs de Cerisier

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J’entends un oiseau. Dans mon rêve, j’ai pour mission de le choper par le bec, long et fin, et de l’étouffer. Une fois entre mes mains, je le relâche, je ne vois pas l’intérêt. Je me réveille, l’oiseau chante encore plus fort, alors je vais juste atténuer le son en fermant la fenêtre.
Le canapé est inconfortable, une barre dans le dos. Pour venger la chose j’ai laissé ma peau morte colorée sur le drap blanc. « Tu n’as pas bu ton café ? » me dit ma mère déjà pimpante à huit heures du matin. Elle reste debout dans le salon, attend ma réponse que je finis par grogner. « Mais putain pourquoi tu lui as dit neuf heures ? »
Il y a cette petite voix qui me fait la morale matinale « T’aura tout le temps de dormir plus tard, bouges tes grosses fesses et va aider ta mère, tu ne la reverras pas avant un an. »

Je me redresse, essaye d’aplatir l’épi de mes cheveux, avale l’expresso refroidi. Badigeonne mes nouveaux tatouages de crème, ça croûte, ça gratte. J’enfile mon pantalon et elle m’embrasse pour me remercier. C'est si peu d'effort pour moi une fois éveillée.
Le scooter sur lequel je grimpe n’a que quatre kilomètres au compteur. « Je ne peux plus monter dessus, j’ai trop peur depuis l’accident. » me dit-elle. Cinquante-cinq ans, je ne comprends que trop bien.
Je roule sans casque sur la route en sens inverse, et je l’entends hurler d’arrêter ça tout de suite.
Dans la banque, il y a des maillots des équipes du Tour de France. En face de moi, une jeune fille, des boutons d’acnés sur les bras, fait la queue. Son petit copain de vingt ans vient l’embrasser et lui présente sa mère tout droit sortie de la pire usine de confection du monde, le cheveux gras et le regard inquisiteur sur la petite blonde boutonneuse. Elles sont toutes les deux enceintes. Guerre de ventres ronds. C’est une ville où l’on se doit de s’enfuir où de faire des enfants avant la fin de la puberté.
Dans le bureau de ma conseillère je suis devant une directrice d’école. Elle scrute mes comptes et j’ai presque honte d’avoir une vie parisienne, d’avoir dit merde à la oisiveté. Je signe de la paperasse en double exemplaire, elle détruit ma carte bleu sans ménagement, à coup de ciseaux bien affûtés et dépose sous mon nez une colossale somme d’argent liquide. J’ai fermé mon PEL sans peine, lui ai serré la main en lui souhaitant un bon Tour de France. « Nous sommes partenaire vous savez ! » marmonne t-elle fièrement. « Oui biensûr… Je comprends ».

Dans le bus qui roule au GPL, une fierté locale, deux petites racailles regardent mon cœur sacré ailé et l’un deux s’exclament « J’aime bien tes petites fleurs ». Les enfants brûleurs de bagnoles d’antan ont perdu de leur virulence. Où serait-ce moi qui ai pris dix ans ?

Ma valise est si grande que je peux y mettre le corps d’une fille que j’aime. Elle me dit « Ne m'enferme pas j’ai peur. » J’ai peur aussi. Fred me rassure de ses mots à sept heures de décalage. Je lui dis que ce n’est pas si facile. C’est un festival disparate de sentiments qui se croisent, brisent le cœur, nouent la gorge et excitent les papilles. Je suis une fille qui n’a jamais connu les étendues inattendues d’une terre jamais foulée...blablabla...
J'ai des bagages à finir.


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« Ciblage »