17 septembre 2006

Le Temps Detruit Tout

Image Hosted by ImageShack.us

Culs posés sur le plaid, posé lui-même sur l’humide pelouse. Les habitants virent à coup de sacs où de jambes tendues, les écureuils trop curieux tandis que je les regarde bondir aussi librement qu’un félin s’élance dans la savane.

Chacun profite, à sa façon, du temps qu’il reste, du temps avant le froid, avant la neige. La couleur des feuilles vire au jaune, au rouge sang. Un embrasement naturel.
Des types, probablement gays, sont allongés et exposent leurs slips « moule burnes » alors que les filles osent à peine se dévêtir. Laissant mon épilation à désirer ces derniers temps, j’ai chaud dans le pantalon.

Je lui parle d’avant. J’explique comment on peut être libre et sembler heureuse alors qu’on couvre un profond désarroi.
Oui, tu te souviens de ces instants de célibat où la moindre épave peut finir dans ton lit, pour des baises acides, des rendez-vous foireux, du cybersex dépravé. Souviens toi des matins de beuveries où l’on rentre seule et sale, et qu’on aurait aimé pleurer le quota d’une vie de malheurs sous prétexte que la seule raison qui nous vaut de continuer à exister, c’est notre soif de reconnaissance affective.
Et je sais même que lorsque tu baisses ta garde pour une peau douce, je sais même que tu tomberas de bien haut le jour où ça se finira, parce que chaque jour, si délicieux soit-il, est un jour de plus vers la fin. Tu crois te connaître jusqu’au moment où le goût de ta cervelle parfume ton palais d’avoir survécu au crash d’une rupture faisant s’effondrer tout ce que tu imaginais de ta vie. Il est un constat douloureux que de s'imaginer tout recommencer.


J’aurais pu lui dire tout ça aussi clairement que je me l’écris, mais je métaphorise sur « Le temps détruit tout », sur ce plan fixe du bonheur, Monica Bellucci allongée dans l’herbe. Je finalise par une phrase simple non dénuée de sens: « C'est une bonne chose de ne pas connaître l'avenir.»


Photo :
Copyright. D. Juncutt
« Le monde rose d’Ophelie »