13 juin 2007

SK#146

Image Hosted by ImageShack.us

Les gamins courent autour de moi, jouant à celui qui s’arrosera le plus. Jardin du Luxembourg, un après-midi de pleine semaine où l’on devrait s’attendre à une plénitude totale, une pelouse dégagée.
Six cents enfants prennent leurs déjeuners, un couple s’embrasse devant moi. La vie devrait être simple et dépourvue de tout malaise.
La vérité est tout autre. Elle encombre mes bronches, coince mon œsophage, abîme ma cornée et diminue ma volonté. La vérité c’est que je n’ai plus la force.

G. me dit: « On reconnaît le bonheur au bruit qu’il fait en partant ».

Je fais mine de ne pas l’entendre, je me lève en enchaînant les gestes du quotidien. Rester debout, se brosser les dents, se laver, s’habiller, sortir de chez soi, sourire à la boulangère, faire racler sa gorge pour écarter le poids de la douleur, diminuer l’inconnu.

La vérité encore, c’est que ma dévalorisation est telle, qu’il m’est difficile de m’en relever. La vérité pour finir, c’est que je connais par cœur ce putain de chemin. Pèlerinage obligé des amours consumés. Que j’oublierai, le bien, le mal, les rires, les premiers instants, la déconfiture. Que je retrouverai dans les yeux d’une autre la valeur qui m’est dû. Et l’on sortira, et on se touchera, et on s’aimera jusqu’à la fin, jusqu’au recommencement.


Photo :
Copyright D. Juncutt
« L’enfant du jardin du Luxembourg »