10 août 2007

SK#159

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Sortie du métro Alésia. Je vois le numéro deux cent cinquante de l’avenue du Maine. Évidemment je ne pensais pas tomber si loin du numéro que je dois rejoindre, le cent dix-huit. La brise bien trop fraîche de ce jour glace mes lèvres. Je ne peux m’empêcher de penser à ce foutu anticyclone qui ne fait que nous frôler. Petit joueur.

La rue s’étire, je n’en vois pas le bout. Les commerces sont fermés, les promeneurs font chier leurs chiens, les mamans poussent leurs landaus, quelques types éclatent la route au marteau piqueur, un mec me marmonne une phrase que je n’entends pas mais que je peux comprendre. Un vendredi classique de mois d’août dans un Paris presque libéré de sa population, de ses voitures. Sur le coté, les Vélib’ sont presque tous loués, je songe un instant à en prendre un pour rejoindre ce foutu numéro.
Dix minutes plus tard. Je me recoiffe un peu. Range l’ipod dans mon sac qui se termine sur une très mauvaise chanson d’Etienne de Crecy. Réajuste ma veste, ma chemise, mon pantalon.
« -Bonjour, j’ai rendez-vous avec mademoiselle…
-Oui c’est moi. Vous avez vu l’heure ?"
M’interroge une blondinette d’a peine vingt-deux ans en train de se débarrasser des miettes de son croissant.

Je regarde ma montre, je suis interloquée. Je lui dis que je suis désolée, que je ne pensais pas marcher autant pour arriver jusqu’à l’agence.
« -Non mais moi je ne vous inscris pas vous comprenez. Si vous arrivez en retard aujourd’hui je n’ai aucune garanti que vous arriverez à l’heure chez mes clients. »

Inerte. Vexée et limite choquée. Je m’interroge sur la faculté qu’ont certaines personnes à être aussi connes.
Arrêt sur image : Je songe à l’attraper par les cheveux et à lui poustillonner dessus:
« Mais espèce de pauvre merde. Déjà on ne parle pas la bouche pleine et ne me fait pas croire que je te dérange alors que t’es en train de t’empiffrer comme une truie. Je vais te dire pourquoi je suis en retard. Je me lève ce matin et je constate que je suis à moins neuf cent euros sur mon compte. Depuis deux jours, ces enculés de Noos doivent venir réparer ma connexion internet sans laquelle biensûr je n’ai pas pu constater que votre agence de merde était bien plus à côté du métro gaîté que d’Alesia. Sans laquelle non plus je ne peux consulter mes mails, des réponses peut-être à des offres d’emplois super intéressantes qui m’auraient aussi probablement évité de ramener mon cul par ce froid chez vous, pour constater que finalement, tu ne veux pas m’inscrire parce que j’ai dix malheureuse minutes de retard. Probablement ton seul travail du jour en cette veille de week-end, et peut-être même veille de vacances que tu vas, j’en suis certaine, passer avec ton connard de mec, qui ne pensera qu’à te sauter sous la tente du camping Saint-André de Perpignan, alors que tu lui diras, non pas par derrière. Grosse connasse !»

Elle m’a souhaité une bonne fin de journée. J’ai claqué la porte en partant. Sans rien dire.

Un peu plus tard, alors que je pensais ma journée profondément perdue. Le technicien Noos a réparé ma connexion. J’ai trouvé un nouveau job et je quitte Paris tout le week-end.

Je conseille, par ailleurs à tout le monde d’aller voir l’excellent « 2 days in Paris » de la brillante Julie Delpy, ne serait-ce que pour le monologue de fin sur la complexité amoureuse. Bien qu’ayant ri durant tout le film, je suis sortie de la salle, les larmes aux yeux.

Le film de l'année je vous dis !

Photo :
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