14 novembre 2007

SK#178



C’est une veille de grève. Presque personne ne se plaint, ça sera juste un jour sans. Un jour off. A. se prépare à me payer un verre au bar, le billet dans la main, le mec hurle dans son oreille que c’est open bar. Boire à l’œil au Rex c’est comme entrer au Louvres la nuit. Un amoncellement de merveilles en perspective. C’est un mardi soir où l’alsphalt parisien humidifie le bas des pantalons. C’est l’ouverture du festival gay et lesbien. Ma cure de jouvence s'affère autour de moi. Des regards se croisent « je sais que tu sais qui je suis ». Puisqu’il devient indéniable qu’un nom se forme, l’attrait en découle. Et puisque l’attrait est là, le sérieux s’impose. Tout se complique. Peser ses mots, ne pas faire de tort au groupe que tu représentes. Il est ainsi dans ce milieu, il est ainsi dans tous les milieux. Toujours avoir quelque chose d’intelligent à dire. Je voudrais juste danser et être fidèle à mon hédonisme. Les choses sérieuses, je les couche sur le papier.
Sunday est cloisonné dans sa cabine. Je la sens réticente aux conventions françaises qui veulent qu’on ne mélange pas les torchons et les serviettes. Nous faire croire que le dj est intouchable. Tout semble rigide. Et puisque tu mixes, tu vaudrais bien plus que ceux qui dansent. Mystification honteuse. A démonter urgemment.

Le régisseur de la cabine nous interdit de la rejoindre à l’intérieur. Il y a toujours quelque part, un type qui nous empêche de vaquer à notre convenance.
S. me dit qu’il lui faudra au moins trois verres pour me montrer ses portes jarretelles. Un seul suffira. J’improvise un atelier de fortune sur le bar en y posant ses fesses. La texture du collant me rend toute chose, je suis si faible devant le nylon.
Le barman fait de l’abus de pouvoir. Un baiser contre quatre verres. Plus tard dans le café d’à côté, on ne veut pas aller se coucher. Il finira par dire « Alors ça embrasse comme ça les lesbiennes ». Je voudrais le trouver repoussant, à la limite du dégueulasse, mais je lui considère une naïveté touchante. Je préfèrerais toujours dialoguer avec celui qui ne sait pas qu’avec celui qui en sait trop.


Photo :
Copyright D. Juncutt
« Audrey au Rex Club »