19 février 2008

SK#194



A l’enterrement de Simone, il y a ses enfants et seulement deux de ses petites filles. Quelques voisins, une mama qui pleure en souriant, et des femmes flétries qui m’arrivent au nombril. Il fait vraiment très froid dans ce cimetière qui donne sur la station service. Je pleins les porteurs, d’une vingtaine d’années à peine, coupe tecktonik, mains violettes et frissons constants, pendant que tout le monde touche une dernière fois le cercueil. Une première aussi.
J’attrape quelques fleurs séchées que je jette dans le tombeau, j’ai visé la plaque dorée avec son nom et son prénom juste au dessus des dates de durées. Ma mère me dit qu’elle avait la peau douce dans le funérarium. Détail morbide que je voudrais ne pas avoir entendu.

Simone était bretonne. Elle avait décidé de venir en aide à la France en accroissant sa population d’après guerre. Ponte sur ponte, avec le beau Cristobal, espagnol, soldat durant la guerre d’Indochine, jamais vraiment guéri de ses traumatismes, qui mourut prématurément fin des années soixante dix, d’un cancer généralisé, cinquante années après avoir poussé son premier cri.
De ses enfants, elle aura eu quatre fils et deux filles. Un panel de trois alcooliques, un autiste, un surdoué daltonien. Seules ses deux filles auront des enfants, deux filles pour l’une, deux garçons pour l’autre. Ses filles toujours, les seules qui tenteront, avec un succès mitigé, de fuir son oppression.

Je ne me souviens pas de Simone. Je me souviens mal de Simone. Une caravane pliante pour l’été de mes 5 ans, un ennuie mortel durant mes séjours dans son vieil appartement, des poupées rousses poussiéreuses, la photographie d’un berger allemand dans l’entrée, la fois où elle m’a surprise en train d’explorer mon sexe et puis plus rien.
Simone n’avait pas été très gentille avec ses enfants et inexistante pour ses petits-enfants. Elle est morte dans une souffrance extrême, bouffée par la gangrène.

Sur les quelques clichés noir et blanc, que l’on me propose de visionner, je m’inquiète. Je cherche la moindre preuve de mon lien de sang avec cette ascendance misérable. Une attitude, un timbre de voix, un goût commun. Néant.
Je suis une étrangère au cœur de pierre qui ne pleure pas la mort de ma grand-mère.

Photo :
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