01 juin 2008

SK#203

Le chauffeur de taxi me dit que cette chanson lui rappelle ses vingt ans, alors on roule en écoutant Nicoletta, il doit être cinq heures du matin. Je n’arrive pas à articuler, mais il comprend où je dois me rendre. Je relis tous les messages que G. m’a envoyé ce soir sur mon portable et je sais à quel point j’aimerais lui parler de qui je suis au fond. J’aime sa façon de me tenir à distance. C’est ça qui me fait réellement vibrer, l’indifférence. C’est ce que je conseille à E. Ne pas envahir l’autre de ses interrogations existentielles au risque de la perdre. Je lui confie cela dans un élan de générosité improbable. D’un bonus affable qui disait : « j’y ai perdu beaucoup en pensant que l’on pouvait nous comprendre. »

Plus tôt, je bois du vin blanc dans un verre trop grand pour sa succulence. Les gens qui devaient venir ne sont pas de la partie alors je susurre à O. que ceux qui doivent compter sont bien présents. Sur la route, D. la belge, titube. Nous entrons le métro qui nous indique qu’il est bien trop tard pour jouir de sa fonction puis le Noctilien qui nous conduit ailleurs, trop loin encore. Sur le chemin A. parle à O. dans le téléphone, qui lui dit de ne pas dire que c’est elle au bout du combiné. J’ai soudain envie de hurler mon dégoût de perdurer ainsi un conflit illusoire.

A l’Alimentation Générale, S. ressemble à une fille. Je lui demande ce qu’il se passe. Elle rit. Je lui dis qu’elle est le fantasme de D. et qu’elle se doit de l’embrasser en souvenir du bon vieux temps, ce qu’elle fait. Je suis déjà saoule. J’aime. Le lieu a changé, il ne ressemble plus au jour où j’ai choisi M. du bout de mon index.
D. est heureuse. D. m’embrasse et me demande pourquoi elle ne me plait pas. Je lui dis que ne suis pas celle qui lui faut. Elle me montre ses seins. Je lui dis que je ne suis définitivement pas la bonne et que ses seins n’y feront rien. Je danse. Je parle. Je fume et embrasse un beau gosse à la barbe de trois jours. J’aurais aimé ça, avoir une barbe naissante. J’aurais été si beau en garçon.

Une fille au bar me fait signe. Je me retourne, le mur vide m’indique qu’il s’agit bien de moi. Elle m’offre un verre. Elle est seule sur sa chaise. Quelques mecs échauffés la draguent salement. Je lui demande lequel d’entre eux lui a offert ce verre qu’elle ne veut pas consommer. Elle rit. Je l’ai cerné. Elle me confit que sa première expérience avec une fille fut fantastique. Elle me sourit et je tourne la tête. Elle n’est pas jolie au point d’avoir envie de m’abandonner dans sa chevelure frisée.
Je vole un chapeau de paille abandonné. Je suis saoule. Je frappe quelques personnes avec mon fouet. D. vomit sur le recoin d’un mur. Elle a l’air abandonnée dans cette ville folle. Je lui demande si elle sait où dormir, elle me répond que « oui ». R. a fini son set. Il est djà l’heure de rentrer. J’écris sur mon blog. Il est presque six heures du matin, je n'ai plus toute ma tête. Dans un mois et demi j’ai trente ans.