01 octobre 2008

SK#228



A la base, juste après avoir écrit un dédaigneux « bref, je ferais les modifs », je m’étais levée pour aller me brosser les dents. À l’arrivée, je me retrouve la tête au-dessus de la cuvette.

Toute la journée, il y a eu cette sensation d’ivresse qui ne m’a pas quittée. J’ai bipé A. pour l’avertir de mon arrivée tardive. Quatorze heures. Je ne pouvais pas faire mieux.

Pour la route, j’avais prévu les mitaines et de quoi ne pas avoir trop froid. Mon travail a l’avantage de totalement m’absorber. Non pas par son ardeur mais par le nombre incalculable de problèmes qu’il m’incombe de résoudre en un temps records. Une occupation qui m'empêche de me soigner correctement. En somme, le travail est loin d'être la santé.

Pour calmer une toux persistante qui me force à sortir du métro en pleurant, j’ingurgite des décilitres de sirop dont j’ai fini par soupçonner, (rappel :la tête pâle au-dessus de la tinette immaculée), une date de péremption dépassée. C’est toute une contrariété qui s’enfuit au milieu des aliments broyés.
Il est ce petit reflex d’enfant que je redoute à chaque fois. Ce moment précis où la douleur est si forte qu’il m’arrive de jurer au nom de celui qui entendra, sous une douche de lumière divine, que « je serais gentille, promis, si ça s’arrête, je serais gentille ». Lorsque la souffrance physique atteint son paroxysme, c’est toute notre conscience qui s’enrichit d’une clairvoyance insoupçonnable. Une poignée de secondes durant lesquelles, les problèmes et tous les êtres de notre existence n’ont alors plus le même intérêt. Subitement rétablie. Leurs saveurs s’en ressentent profondément modifiées. Une update pour ne plus se tromper d’ennemie. Probablement.

Cette mise à jour aurait peut-être dû avoir lieu plus tôt, si je ne voulais pas faire d’un libertinage anodin, une histoire complexe pour une jeune fille de vingt ans qui écrit ça de moi. J’aurai pu très mal le vivre si elle n’avait pas écrit cette autre chose sur moi.

On n’a pas toujours conscience de l’influence que l’on exerce sur les jeunes âmes qui taillent de jolies plumes.

Photo :
Copyright D. Juncutt
« Elle - Chanteuse du groupe You Love Her Coz She’s Dead »