01 novembre 2008

SK#236



Au-dessus de la color card, on cherche les tissus qui vont se marier. Des couleurs souvent improbables auxquelles on s’amuse à donner des noms. « Denyse, donne-moi un nom en G pour une casquette. » ; « Gavroche » ; « Ouai t’es trop forte ! » ; « Tellement ! »

Dans la salle de collection sans fenêtre, on n’entend que l’eau qui coule le long de la gouttière. Plus haut, dans le bâtiment, les bureaux sont vides. Il est presque vingt et une heure.
On s’arrache les cheveux pour finir la présentation de l’implantation de l’hiver 09.

C. est nouvelle. C est jeune. C. a le visage d’un ange, d’une perfection telle, que lors de notre première rencontre, je ne pouvais défaire mon regard de sa diction. C. a la pression d’une styliste qui doit terminer sa collection sans que certaines aient pris la peine de lui expliquer les ficelles (les cordes) du métier. Elle se colle à moi pour finir d’écrire les noms à la main sur la planche en dix exemplaires. C. m’appelle toujours pour aller fumer. C. se confie à moi. C. a le potentiel des avant-gardistes. C. porte des vêtements rigolos, des écharpes tricotées mains, des manteaux déstructurés, des bottes en caoutchouc lurex.

C. est angoissée. Je l’informe de n’attendre aucune reconnaissance particulière pour le travail qu’elle fournira. La maison ne fonctionne pas ainsi. Attendre est se bloquer à débuter autre chose. Ne rien attendre des autres d’une manière générale. Les déceptions arrivent par négligence, lorsque l’on s’abandonne aux vœux d’une appréciation précise, ciblée.


Photo :
Copyright D. Juncutt
« C. en salle de collection